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Recherche

Le Centre Pierre Naville développe un programme de recherche à partir de quatre axes correspondant à des objets et des champs bien identifiés (cf. ci-dessous). Il fédère les réflexions théoriques et épistémologiques autour des deux notions clefs que sont la réflexivité et l’émancipation.

La réflexivité demeure un enjeu clef en sciences humaines et sociales. Les scientifiques –et a fortiori les seuls sociologues– ne détiennent le monopole de celle-ci. Les acteurs sont également compétents, produisent des savoirs situés et comprennent – au moins en partie – ce qu’ils font pendant qu’ils le font. Les conduites sociales sont pour partie guidées par des rationalités que les sociologues doivent forcément prendre en considération. Contrairement à une certaine sociologie encore très positiviste, nous préférons appréhender les conduites sociales comme étant informées par la réflexivité des acteurs. Cependant, la rationalité des acteurs contient également des angles morts et se construit avec une certaine méconnaissance des logiques sociales comme des rapports sociaux. Elle est foncièrement marquée par une incomplétude.

 

Si la subjectivité sociale fait partie intégrante des mondes sociaux, elle est en même temps incapable de déchirer à elle seule le voile d’opacité qui entoure les activités sociales. Ceci souligne combien l’activité scientifique se distingue des activités sociales quotidiennes et demeure indispensable si l’on veut rendre la société intelligible ou encore comprendre et expliquer des phénomènes sociaux.

Le raisonnement sociologique, s’il n’est pas la seule source de réflexivité sociale, n’en forme pas moins un élément pivot. Son ambition scientifique doit consister à chasser les interprétations « mythologiques », à douter des évidences et à dénaturaliser l’ordre des choses. C’est en cela que la sociologie peut, en quelque sorte, faire œuvre « d’émancipation ». La réflexivité sociologique permet à l’action humaine de mieux diriger ses efforts, d’organiser son action en connaissance de cause, en ayant une conscience maximale de l’impact possible comme des effets pervers. En permettant à l’être humain de mieux connaître le monde qu’il habite, il l’aide aussi à s’émanciper, ne serait-ce qu’en partie, des pesanteurs sociales comme des logiques structurantes.

Le croisement des notions de réflexivité et d’émancipation montre que l’émancipation n’est pas seulement un objectif, mais également un objet. Nous interrogeons la ré-émergence récente de la question de l’émancipation en sciences sociales. S’agit-il d’une question de mode, les sociologues anticipant ici une lassitude de trois décennies de libéralisme économique? S’agit-il d’un infléchissement des paradigmes utilitaristes avec une moindre focalisation sur l’individualisme (individualisme méthodologique, conventionnalisme, interactionnisme à la française, etc.) ? Ou bien cette préoccupation montante de l’émancipation comme objet sociologique correspond-elle à une perception plus aiguë des nouvelles formes d’aliénation ainsi que des effets de la crise économico-financière et écologique sur la vie quotidienne, que ce soit au travail, dans l’espace public ou en famille? Peut-on penser ce retour de l’émancipation comme un retour des paradigmes qui donnent au collectif (de travail, de quartier...) un rôle structurant dans la vie sociale, jusqu’à porter la critique sur les collectifs plus ou moins artificiels que les modes gestionnaires créent un peu partout, au travail, dans la participation, à l’école, etc. ?

D’où, en fonction des ressources scientifiques disponibles au CPN, l’organisation de la recherche et la construction des groupes de recherche autour des 4 axes suivants :

  1. Travail, organisation et entreprise

  2. Emploi et relation formation-emploi

  3. Ville et politique publique

  4. Sociologie visuelle et filmique

Travail, organisation et entreprise

Lara Alouan, Daniel Bachet, Alexandra Bonal, Stephen Bouquin, Victoria Clément, Julien Choquet, Laurens Deprez, Jean-Pierre Durand, Gaëtan Flocco, Lucie Goussard, Mathieu Hocquelet, André Moulin, Sébastien PetitGilles Ringenbach, Nial Tekin, Guillaume TiffonEstelle Vallier.

 

L’ensemble de questionnements et de recherches en cours ou programmées s’ordonne autour des organisations du travail (et de la production de biens ou de services). Celles-ci sont d’abord interrogées dans leurs transformations internes à partir des engagements, des implications et des résistances qu’elles suscitent. Au même moment, les espaces de travail sont profondément modifiés, les technologies de l’information tendant à gommer les frontières entre les diverses activités humaines. Par ailleurs, les interrogations réflexives des sociologues peuvent être menées à travers une comparaison internationale de l’évolution des sociologies du travail en France, en Grande Bretagne et en Espagne.

La longue tradition du Centre Pierre Naville dans l’analyse des services permet d’avancer un certain nombre de propositions pour participer à la construction d’une théorie des services. En particulier la multiplicité des terrains en cours d’investigation (hôpital, grande distribution, logistique, professions libérales, ingénierie, etc.) offre des possibilités de comparaison et ouvre la voie vers des conclusion plus génériques.

Le Centre Pierre Naville s’intéresse aussi aux tensions entre sciences et société et à la conduite du travail scientifique lui-même (dans les laboratoires de recherche mais aussi dans la R&D). Les dispositifs d’articulation entre recherche académique et industrie sont questionnés comme le résultat d’un volontarisme partenarial entre deux acteurs : les laboratoires publics et les entreprises privées. Ainsi, sont identifiés des types de logiques relationnelles qui commandent les possibilités de ces coopérations comme des objets contractuels qui en sont les conséquences.

Enfin, les questions de santé au travail restent d’actualité : les maladies au travail peuvent être analysées à travers une meilleure intégration des temps de travail et hors travail, prenant en compte les trajectoires des salariés. Ce sont aussi les catégories et les concepts qu’il faut interroger dans ce champ. Enfin, la santé psychique et au-delà les suicides au travail exigent un renouvellement des approches.

Le CPN participe au DIM GESTES et soutient activement les revues Les Mondes du Travail et la Nouvelle Revue du Travail . Il est aussi actif dans les réseaux thématiques de l’AFS, tels que le RT 25, le RT 18, le RT 30. Les chercheurs travaillent en  particuliers sur les thèmes suivants :

- Comprendre et expliquer les transformations du travail dans le secteur des services, en analysant les rapports sociaux qui les sous-tendent.

- Comparaison européenne des sociologies du travail et mise en évidence des changements de paradigmes plus ou moins porteurs d’un projet émancipateur.

- Etude des formes contemporaines de domination des catégories qualifiées (cadres, ingénieurs, techniciens) au travail et analyse de leurs capacités réflexives et critiques.

- Enquête sur le travail et l’innovation dans les laboratoires de recherche et les petites entreprises ; débat autour de l’émancipation « par la technique » et/ou « de la technique » ; place et rôle controversés des sciences et des technologies dans le processus d'émancipation.

- Recherche adoptant une démarche réflexive sur le travail dans le nucléaire (EDF), en vue de saisir les effets de l’organisation par projet sur la santé au travail des salariés.

- Analyse des modes de gestion des entreprises ayant adopté un autre modèle économique que la recherche de profits distribués sous forme de dividendes ; contribuer à renouveler les règles du jeu et concevoir les conditions d’une émancipation salariale.

Ville et politique publique

Rolande Beurthey, Fabrice Colomb, Laurence Costes, Emmanuel Jovelin, Olivier Mandon, Marjorie Micor, Joanna Quiros, Estelle Vallier, Jean-Louis Zentelin.

 

Les politiques publiques et les politique sociales mettent en avant le territoire (ville, quartier, cité, urbain-périurbain), les populations visées (jeunes, familles, personnes âgées, etc.) et les groupes sociaux (organismes de formation, tissu associatif, etc.) Ces politiques ont connu d’importantes mutations, motivées aussi bien par la compétitivité internationale et l’intégration européenne que par les changements de modes de vie et de la famille. Analysées à partir de différentes approches, elles ont donné lieu à des interprétations et prospectives divergentes.

 L’approche des politiques publiques et sociales à partir du territoire est souvent constatée, mais derrière les questions des modes de gestion renouvelés de l’action publique, ou encore des lieux d’élaboration des pratiques inédites de gestion du social, quels sont les processus à l’œuvre ? En effet, le territoire est qualifié par une double logique : la logique économique et la logique de citoyenneté.

La mise en œuvre des nouvelles politiques publiques et sociales a révélé la difficulté de faire du territoire le cadre de nouvelles formes d’intervention sociale. La première difficulté semble venir du fait que l’Etat central définit des principes, des objectifs, des normes et des barèmes à mettre en œuvre localement ; c’est au niveau local que doivent s’inventer les contenus concrets de l’action. Une autre difficulté tient au fait de la multiplicité des territoires qui se chevauchent, dans les politiques d’insertion. Les différents acteurs présents ont chacun leur référence spatiale ou territoriale et ne s’en affranchissent pas dans une action qui ne parvient pas à être commune soulignant la confusion existante entre territoire et localité. En effet, la localité c’est l’espace singulier, que l’on souhaite aborder pour lui-même, selon un principe de compréhension plus intime. Le territoire, est lui un espace délimité, administré par une institution. Et c’est ce qui donne lieu à des approches différentes.

 

Les chercheurs travaillent plus spécifiquement sur les thématiques suivantes :

- La démocratie participative : est-elle un instrument d’émancipation des habitants dans le cadre des projets de rénovations urbaines ? De quelle manière la participation des citoyens aux décisions politiques est présente comme un outil de dépassement de la domination du central sur le local ?

- La parole des habitants : de quelle manière le processus de participation des citoyens ouvre des possibilités de réflexivité sur l’habitat, l’habiter et le rapport au territoire ? En quoi le regard des habitants sur leur propre situation rentre en confrontation avec les conceptions administratives et politiques des politiques de la ville ?

Emploi et relation formation-emploi

Julien Choquet, Solene Coursaget, Gaëtan Flocco, Dominique Glaymann, Mélanie Guyonvarch, Sophie Parisot, Emmanuel Quenson, Pierre-Cedric Tia.

 

Dans une période marquée par une transformation du marché du travail et du système d’emploi avec une accélération de la redéfinition des activités professionnelles, les médiations entre formation et emploi représentent un enjeu majeur pour les politiques publiques. La formation, qu’elle soit initiale ou continue, est devenue un des principaux instruments de lutte contre le chômage des jeunes, de reconversion professionnelle des salariés et d’adaptation à l’emploi des adultes.

La démarche adoptée dans ces travaux défend une double originalité. Celle d’analyser les interactions entre les domaines de la formation et de l’emploi, alors que la plupart des recherches en sociologie procèdent à une étude séparée de ces activités sociales. La seconde originalité consiste à adopter une analyse socio-historique qui suppose que pour comprendre les changements du présent il est nécessaire d’étudier le passé. Ainsi, les décisions actuelles et leurs effets ne sont pas examinés sous l’angle de la nouveauté, mais sont systématiquement mis en perspective avec des dynamiques temporelles et sociales du passé afin d’en restituer les continuités et les ruptures. Les principales thématiques de recherche sont :

- Représentation de l’emploi en temps de crise et réflexivité sur les mondes sociaux déstabilisés par la crise ;

- Enquêtes sur les perspectives émancipatrices portées par les dispositifs se réclamant d’une nouvelle conciliation entre flexibilité de l’emploi et sécurité des personnes ;

- Recherches sur le vécu de la précarisation et le désir d’émancipation/ libération

- L’émergence d’un individu tacticien-opportuniste (réflexif) en les besoins de solidarité sur fond de communautés imaginaires éclatées (pluralité des mondeS du travail, composition multiethnique)

- Questionnement de l’habitus de la performance, la socialisation à la concurrence, valeurs et normes de crise/ en crise.